El grito de la montaña
installation chorégraphique
Une des motivations premières de cette installation chorégraphique était l’envie de rendre hommage à la montagne. Mystique et mystérieuse, faiseuse de bien-être et de cruauté, rocheuse ou verdoyante, elle est la niche des sorcières guérisseuses tout comme le tombeau des hommes.
En 2010, 31 personnes ont perdu la vie dans les pyrénées Aragonaises j’ai donc décidé de leur rendre hommage dans les carrières de Las Forcas en créant une installation chorégraphique comme un rituel où Elia Lozano va enterrer 31 vêtements dans la montagne noire.
LE LIEU turismo creativo
Si Las Forcas contient des vestiges du paléolithique c’est aussi un lieu chargé d’histoires sombres à cause de la pendaison des prisionniers. On y accède par le pont médiéval dit “Romain” à cause de sa construction en pierre. Aujourd’hui c’est un lieu de travail et c’est la première fois qu’un spectacle est joué dans les carrières.
31 personnes, 31 vêtements vecteur d’histoires
Pour l’écriture de la chorégraphie, j’ai demandé aux habitants de me prêter un vêtement correspondant à une histoire particulière et marquante.
Suite à la rencontre de chaque personne qui voulait bien me raconter leur histoire, j’ai synthétisé et composé avec quelques gestes l’histoire de chaque vêtement afin d’établir un portrait dansé.
Les vêtements m’ont permis de parler de naissance, de la folie d’un voyage de jeunesse en Inde , de la gêne éprouvée durant l’adolescence, de la mélancolie de l’exil, du déchirement d’avoir son père enterré dans la terre tandis que sa mère est enterré dans les Nichos (édifices contenant des tombes), mais aussi de la cruauté de la montagne.
En mettant en scène Elia Lozano le temps de cette errance au pied de la montagne j’ai voulu qu’elle fasse revivre les histoires qui m’ont été confiées comme les siennes, comme les étapes de sa propre vie. Dans le spectacle, j’ai inventé qu’Elia avait perdu sa maison, et qu’il lui restaient seulement ses vêtements.
Elle utilise les vêtements pour ranimer les souvenirs et recrée ainsi, un «chez soi» imaginaire, imaginant, son armoire, sa chambre, son lit. Pour elle, c’est une question de vie ou de mort, elle a besoin de voir, de ressentir que tout est encore là inscrit en elle dans son corps, dans sa mémoire .C’est la première étape du deuil, celle où on refuse de lâcher les souvenirs, on s’accroche désespérément à eux ce sont nos repères et sans eux on croit ne plus pouvoir exister.Les vêtements l’aident à garder le lien avec ce qu’elle a perdu, avec eux elle peut s’installer dans la montagne ou partout ailleurs.
Mais si les vêtements donne un véritable accès à la mémoire, il n’ont quand même pas la force de remplacer ce qui a été perdu, c’est pourquoi Elia doit enterrer ses vêtements pour passer de l’autre côté de la montagne.
De mon côté, le spectacle est intervenu au moment où moi même je perdais ma maison de mon enfance suite à la mort d’un proche et je devais la vider. J’ai d’ailleurs passé 2 jours à Toulouse au début du mois de juin pour m’occuper de cela, et suis revenue à Graus avec 3 valises de vêtements appartenant à 3 de mes absents.
Dans Beach noise comme dans El grito de la montaña, le thème de la mort est présent.Il s’agit dans les deux spectacles d’une femme face à la mort, dans le mouvement de son deuil,de se besoin d’enterrer pour avancer. A la fin du dossier j’ai joint quelques images de Beach noise qui fut également programmé le vendredi 8 juillet du festival Nocte.
C’est en inventant une histoire que j’ai choisi de rendre hommage aux 31 disparus des pyrénées , mon but n’étant pas de m’inspirer des faits réels de chaque accident, mais avant tout de produire une image marquante : une montagne noire, comme endeuillée, habitée par 31 personnes reliées dans la même enveloppe, comme des spectres bougeant et chantant ensemble.
Une des performances fut de créer une “Tormenta” (un orage) réalisée en percussions corporelles et voix qui s’est finit par un long cri de 31 voix!
Faye Formisano








